Alexandra Fau est professeur à l'Esad (Ecole supérieure d'art et   de design) d'Amiens où elle 
enseigne l'art moderne et contemporain.   
Elle donne également des conférences dans les écoles et centres  d'art autour de  thématiques 
transverses.

Anri Sala, instants fragiles

Les vidéos de l’artiste albanais Anri Sala se font l’éloge de la simplicité en questionnant la fragilité du réel. Dans sa valse pour un crabe Ghotsgame, l’artiste rythme la scène à la lumière d’une lampe torche. Silence, pause, nuit totale puis à nouveau la lumière crue de la torche, la respiration se fait haletante. La concentration de la caméra sur ces mouvements, le caractère fragile de la lumière, la carapace translucide du crabe, créent un effet étonnant et envoûtant. La vidéo intitulée Mixed Behaviour (Tirana, 2003) joue sur l’espace de l’entre-deux créant ainsi une mise en scène atemporelle ; au cours d’une nuit pluvieuse de nouvel an, un DJ seul au-dessus de la ville, tel un magicien, invente des sons en dialogue avec la lumière. Dans Damni i Colori (Tirana, 2003), tout n’est qu’éclaboussures, tâches, aplats de couleurs primaires sur fond de ville sordide. Balayés par de violents projecteurs, les murs se transforment en peintures de lumières.

Fragile, Un art du presque rien

Dans la lignée des artistes qui ont tenté de démythifier l’objet d’art à la fin des années 60, certains artistes contemporains renouvellent un intérêt pour un art «fragile », un « art du presque rien » imbriquant l’art et la vie. Mais loin de prôner le banal dans l’art, ces artistes transfigurent le réel en captant des instants fragiles, comme autant de moments de poésie qui a y regarder de plus près font toute la saveur de la vie. Par leur retenue formelle, ils font preuve d’une acuité de perception traduisant leur sensibilité au monde. Chez Joachim Mogarra, cette sensibilité s’exprime par d’infimes fragments de réalité transcendés et métamorphosés par l’artiste. La vision poétique de Francis Alÿs garde la trace d’une présence, d’un geste anodin qu’il transforme en événement ou plutôt en nonévénement. Car l’art fragile se veut éphémère. C’est ce phénomène d’apparition/ disparition qui rend cet art si fragile. Les oeuvres de Cai Guo-Qiang prennent la forme de sculptures mouvantes malmenées par le vent, de dessins qui surgissent des explosions de poudre. De la cendre naît la toile, à l’image des oeuvres de Wolfgang Laib réalisées à partir de pigments ou de pollens disséminés rituellement au sol.

Le projet ou prototype d’habitat, une architecture en devenir

La maison est au coeur des expérimentations de nombreux artistes, et ce depuis les années 60. Que soit avec Jean-Pierre Raynaud en 1968, Gordon Matta Clark, Rachel Whiteread, Absalon dans les années 90, ou encore plus récemment les oeuvres d’Alicia Framis et de Rikrit Tiravanija, de Didier Faustino, Kabakov, Van Lieshout…, tous pensent la maison en cristallisant toutes les oppositions (nomade/sédentaire, public/privé, intérieur/extérieur, individuel/collectif).

Maisons d'artistes, un habitat évolutif

Je propose de développer diverses réflexions d’artistes contemporains pour lesquels la maison participe au processus créatif et constitue un vaste champs d’expériences. Nous verrons en quoi le thème de la maison se situe à la convergence de différents domaines artistiques et traduit ainsi la pluridisciplinarité de l’art contemporain. Les artistes choisis conçoivent une architecture où l’homme conditionne l’espace, et non l’inverse. Loin des propositions des architectes, les artistes définissent un habitat évolutif qui fait écho au cycle de la vie humaine, de la naissance à la mort. La maison devient vivante : elle naît, elle croit (Merz, van Lieshout), elle bouge (Gregor Schneider) en fonction du mode de vie, du corps (Absalon, Framis) puis meurt (Whiteread, Raynaud…).

La couleur dans tous ses états

Découper à vif dans la couleur (Matisse),la maltraiter (peintures au fusil de Niki de Saint-Phalle), la répandre au sol (Pollock, Alÿs), s’en couvrir le corps, l’imprégner (Hantaï), la saupoudrer en pigments jaspés et volatils (Tillmans), jouer de ses effets vibratoires (Rothko), créer des zones de sensibilités immatérielles (Yves Klein)…, les variations autour de la couleur sont infinies. Ce cycle de cinq conférences propose un découpage chronologique, des années 50 à nos jours, offrant des développements sur la teinture (Hantaï, Morris Louis), la couleurlumière (De Stael, Sarkis, James Turrell), le monochrome (Klein, Soulages, Goedicke, Malaval, Darren Almond), la palette Pop (Warhol, Hockney..), les couleurs de la chair (Francis Bacon, Jenny Saville), ou encore les couleurs de la guerre (Fautrier, Kiefer).

Les principes de narration en art contemporain

Le langage ou l’absence de langage sert l’extrapolation des comportements humains ; à savoir comment les hommes communiquent entre eux et/ou échouent dans leurs relations (Gregg Smith « Should We never meet again ») ; comment le langage concourt à la fiction personnelle dans le déni de l’autre (Marceline Delbecq). Autant de récits aux personnages fictifs (Patrick Corillon) qui tentent non pas de fuir le réel mais au contraire, à s'en approcher au plus près, voire même de le parasiter soit en réactivant les ancestraux principes de colportage (StéphanieBourne) soit en codant l’information (Cerith Wyn Evans) Le langage codé fonctionne alors comme un virus qui pénètre la perception pour en interroger les attentes et palie la frustration de l'excès d'information.

Le dessin contemporain

Comment envisager le dessin contemporain alors que la plupart des artistes ont
abandonné le papier pour réaliser des oeuvres conçues in-situ (wall drawing de Sol
Lewitt) ou du dessin d’animation (William Kentridge, Hans Op de Beeck) ? Quel
que soit le support ou la technique employée, le dessin reste une source
d’expérimentations, de combinaisons d’univers parallèles (Virginie Barré), et pour
certains artistes, une façon de renouer avec l’enfance de l’art (Gaël Davrinche).